Lettre de la Zambie

"Chaque fois que les leaders des huit pays les plus riches se réunissent pour discuter de l’état du monde, il est évident qu’ils n’ont pas à c?ur les intérêts des pays pauvres, tels que la Zambie"

Chers leaders du G8,

Au cours de votre réunion, pensez à des gens comme Mwale. C’est une infirmière âgée de 30 ans qui est la s?ur d’une de mes amies. Elle travail dans hôpital régional public. Lorsque je l’ai vue l’année dernière, elle partait pour l’hôpital mais se plaignait du fait qu’elle manquait d’argent pour acheter du pain. C’était dû au fait que son salaire, qui est déjà bas, était en retard.

Elle fait actuellement son service de nuit qui va de 18 heures à 7 heures du matin. Les pouvoirs publics ne leur offrent aucune nourriture au cours des longues heures passées à l’hôpital. Elles sont forcées d’acheter leur propre nourriture. La Zambie suit un programme de restructuration économique, imposé par le Fonds Monétaire International (FMI) depuis près de 20 ans.

La Zambie a suivi les différentes phases de la Facilité d’ajustement structurel (FAS), puis la phase renforcée (FASR), pour en arriver récemment au Document de stratégie pour la réduction de la pauvreté (DSRP).

Les avantages économiques de ces programmes draconiens demeurent peu évidents. A en juger par ce qui s’est passé jusqu’ici, il y a peu d’espoir que les choses s’améliorent de manière spectaculaire à l’avenir.

Vous pouvez en tous cas être sûrs que des personnes comme Mwale, qui sont particulièrement touchées par les politiques économiques, auront des doutes.

Il lui est impossible de recevoir un salaire correct du fait que les pouvoirs publics se sont vus obligés de réduire leurs dépenses sociales. Cela fait que les infirmières qui assurent de longs services de nuit, ne peuvent même pas recevoir une tasse de thé et un morceau de pain pour maintenir leurs forces au cours de la nuit.

L’hôpital où travaille Mwale appartenait jadis aux mines. Mais lorsque les mines furent privatisées, à la demande expresse du FMI, les nouveaux propriétaires des mines ont déclaré que les activités « non-minières » telles que l’organisation des écoles et des hôpitaux ne les regardait pas.

Ce qui est tragique, c’est que si la vie est dure pour Mwale (qui reçoit un salaire de 200 dollars environ), celle-ci est l’une des rares privilégiées à avoir du travail

Sur une population de 10 millions, le nombre d’employés officiel est de 400.000. Cela explique pourquoi plus de 86% de la population subsiste au-dessous du seuil de pauvreté. Ceux qui nous imposent de telles conditions – les habitants des pays riches – doivent savoir que tant que nos hôpitaux continuent à manquer de médicaments, un enfant sur dix succombe avant d’avoir un an. Aux Etats-Unis, par contre, seuls sept enfants sur mille meurent au cours de leur première année.

Chaque fois que les leaders des huit pays les plus riches se réunissent pour discuter de l’état du monde, il est évident qu’ils n’ont pas à c?ur les intérêts des pays pauvres, tels que la Zambie. Le fait de suivre les règles imposées par les pays riches depuis vingt ans n’a rien fait pour améliorer leurs conditions de vie.

Croyez en l’expression de mes sentiments distingués,

Joe Komakoma, chef de la section justice et paix du Secrétariat Catholique à Lusaka, Zambie


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Published on 31/05/2005, last updated on 31/05/2005
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